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Les corvidés

de la Région de Bruxelles-Capitale

Kraaiachtigen van het Brussels Hoofdstedelijk Gewest

Les corvidés constituent une famille de géants parmi les passereaux. Malgré leur appartenance à cet ordre des "oiseaux chanteurs", leur chant n'est que peu développé et leurs vocalises peu agréables à nos oreilles, même si leurs capacités vocales sont réelles. Plusieurs espèces sont capables d'imiter divers cris d'autres oiseaux (imitations fréquentes chez le geai, des cris de la Buse variable notamment), voire la voix humaine ou des sons divers.

Tous n'ont pas le plumage sombre des corneilles noires ou des corbeaux - dont l'aspect lugubre, et la tendance à apprécier les charognes (notamment sur les champs de bataille d'antan...) ont largement contribué à forger une mauvaise image auprès du public.

Ces oiseaux sont aussi doués de facultés d'apprentissage très développées, et sont souvent amusants à observer...

Liste alphabétique des corvidés nicheurs à Bruxelles
Choucas des tours
Corvus monedula
Kauw
Corneille noire
Corvus corone corone
Zwarte kraai
Geai des chênes
Garrulus glandarius
Vlaamse gaai
Pie bavarde
Pica pica
Hekster

Quant au Corbeau freux (Corvus frugilegus; Roek), il semblerait qu'il ait disparu récemment comme nicheur, mais peut toujours être observé se nourrissant dans les derniers espaces agricoles ou le long de certains axes routiers de la Région de Bruxelles-Capitale.

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la Corneille noire Corvus corone corone  Zwarte kraai

Entièrement noire (excepté des individus, nombreux en ville, présentant des aberrations de plumage - voir ci-dessous -, qui montre alors des zones blanches asymétriques) et bien connue de tous, la corneille est le corvidé le plus largement distribué à Bruxelles. Ubiquiste, elle niche dans tous les quartiers, même fortement urbanisés (il lui faut quelques arbres pour la construction du nid, très sommaire), mais aussi jusqu'au coeur de la forêt de Soignes. Contrairement au choucas, les nicheurs ne forment pas de colonies; mais des concentrations d'individus en quête de nourriture se produisent, dans certains parcs par exemple, favorisées par la mobilité importante de l'espèce.

L'urbanisation est un phénomène ancien chez la Corneille noire, mais elle s'est intensifiée vers les années 1970. Elle peut s'accompagner de carences alimentaires chez les individus exploitant trop exclusivement les déchets (pain...); le plumage des ailes présente alors avec l'âge des zones claires puis franchement blanches, asymétriques.

Le nombre de couples nicheurs à Bruxelles est mal connu et difficile à estimer (grande mobilité, présence de nombreux immatures...); l'Atlas de 1995 donne une large fourchette de 650-1500 couples au début des années 1990.

le Choucas des tours Corvus monedula Kauw

Nettement plus petit que la Corneille, le Choucas s'en distingue par la nuque grise, l'iris très clair tranchant sur le plumage sombre, et en vol par des battements d'ailes bien plus rapides et soutenus (vol battu "de pigeon").

Beaucoup moins abondant et bien plus localisé comme nicheur à Bruxelles que sa grande cousine, il forme surtout des colonies (parfois des couples isolés) dans de grands arbres creux, dans des clochers et de vieux bâtiments élevés. Certaines colonies citadines sont occupées depuis plus d'un siècle; le choucas est depuis longtemps compagnon des hommes et de leurs constructions, mais garde toujours une certaine méfiance.

Il recherche surtout sa nourriture dans des espaces (semi-)ouverts à l'herbe rase, particulièrement les pelouses de certains parcs - notamment Bois de la Cambre et domaine royal de Laeken. Se nourrissant avant tout d'invertébrés (vers...) et de déchets, il est moins opportuniste que la corneille ou la pie, et ne visite pas les nids des autres oiseaux...

Début des années 1990, l'effectif nicheur bruxellois était estimé à 180-350 couples.

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la Pie bavarde Pica pica Hekster


Connue de tous et impossible à confondre, la Pie est certainement l'un des plus fréquents mais aussi l'un des plus beaux oiseaux facilement observables à Bruxelles. Elle niche à travers toute la Région; seuls quelques très rares quartiers totalement dépourvus de végétation en seraient dépourvus.

le nid de la pie est surmonté d'un "toit" qui lui donne un aspect de boule - à ne pas confondre avec du gui (verdâtre, et souvent plusieurs dans un même arbre!)

Il est cependant très difficile d'estimer le nombre de couples nicheurs; on ne peut se fier pour cela au nombre de nids observés, car chaque couple en construit plusieurs... Il pourrait y en avoir 1000 à 2000 (Atlas de 1995) pour tout le territoire de la Région; des densités de 10 couples / km2 semblent fréquentes en ville, par contre elle est beaucoup moins abondante en forêt de Soignes et y manque dans certains secteurs purement forestiers (contrairement à la corneille).

La Pie apprécie particulièrement les espaces semi-ouverts des parcs, jardins, lisières, cimetières... Au départ espèce des villages et des bocages, elle a pénétré dans les quartiers réellement urbanisés dans les années 1940-1950. Une explosion démographique a ensuite eu lieu dans le dernier quart du XXe siècle. L'impression d'abondance peut encore être renforcée, hors nidification, quand les oiseaux se réunissent en grands nombres dans des "dortoirs".

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le Geai des chênes Garrulus glandarius Vlaamse gaai

Facile à reconnaître, par les splendides et originales couleurs du plumage comme par les cris éraillés, le Geai mène une vie bien plus discrète que les autres corvidés bruxellois. C'est, à l'origine, un oiseau forestier; il est d'ailleurs largement distribué en forêt de Soignes (bien que sa densité en hêtraie pure soit faible) et dans les divers boisements de la Région (Laerbeek...). Mais il a colonisé aussi les parcs et grandes propriétés arborées, où il peut nicher jusque dans les quartiers densément bâtis.

Seuls les paysages très ouverts (zones agricoles reliques d'Anderlecht ou Neder) ou trop dépourvus d'arbres (centre ville) ne peuvent l'accueillir - à l'exception d'oiseaux de passage, mais le geai répugne à survoler les larges espaces sans arbres, dont il suit surtout les alignements. C'est en suivant les grands boulevards arborés qu'il colonisa très progressivement l'agglomération à partir des années 1930, jusqu'à la décennie 1960.

Sa densité reste cependant bien moindre que celle de la Pie ou de la Corneille noire (400-800 couples d'après l'Atlas); il a essentiellement conservé ses habitudes alimentaires d'oiseau forestier (y compris le "pillage" des nids), et reste aussi assez farouche.

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le Corbeau freux Corvus frugilegus  Roek

De la taille de la Corneille noire, il s'en distingue notamment par la base du bec dépourvue de plumes, lui donnant une face blanchâtre... il est aussi beaucoup plus rare en ville. C'est surtout un oiseau des espaces agricoles, recherchant sa nourriture dans prés et labours, ainsi qu'au bord des routes; il niche en colonies (corbeautières) dans les bosquets, de peupliers par exemple.

Il niche dans certaines villes belges et européennes, mais apparemment plus à Bruxelles, où des corbeautières ont existé jusque dans les années 1950 (quartier Léopold, domaine royal de Laeken, même près de la place Rogier ou au boulevard Lambermont). L'espèce s'est retirée de la Région comme nicheuse, parallèlement à une régression généralisée en Brabant dans la seconde moitié du XXe s..

Menaces et protection

À part le Corbeau freux, éteint comme nicheur en Région de Bruxelles-Capitale, le Choucas est la seule espèce qui puisse actuellement présenter un certain risque de régression, lié à une disparition de ses sites de nidification: abattage des vieux arbres creux, rénovation de bâtiments anciens...

Les facultés d'adaptation des corvidés présents à Bruxelles, et leur opportunisme légendaire (nourriture, habitat) ont assuré leur succès et le développement important de leurs populations urbaines, phénomène ornithologique marquant du XXe siècle. Cette colonisation, suivie d'une forte augmentation de densité, ont sans aucun doute été favorisées, pour la corneille et la pie au moins, par la quantité de déchets alimentaires disponibles (parcs, bords de voiries...), éventuellemnt par le trafic routier générateur de cadavres d'animaux (ring en forêt de Soignes...).

les "proliférations"

Deux corvidés atteignent maintenant en ville des densités élevées: la pie et la corneille. Beaucoup de Bruxellois s'en inquiètent, surtout à la saison des nichées  - où le comportement opportuniste de ces oiseaux les mène à piller les nids et tuer les oisillons de nombreux passereaux appréciés du public, comme les mésanges. On peut voir aussi, par exemple, les corneilles s'emparer des poussins de poules d'eau...

Il faut pourtant se rappeler que cette prédation n'a jusqu'ici, et en fonction des études disponibles, entraîné la disparition d'aucune espèce... Les mésanges elles-mêmes conservent souvent en ville une densité supérieure à celles observées dans d'autres milieux (forêts...) de nos régions; de même pour les poules d'eau par exemple, dont la progression à Bruxelles ne semble pas avoir été entravée par celle, simultanée, de la pie ou de la corneille.

Il ne faut pas nier que cette prédation, là où les densités de pies et de corneilles sont les plus élevées (certains quartiers d'Uccle par exemple), peut exercer un effet sur les populations des proies: le succès reproducteur peut être temporairement amoindri. Mais à moyen ou long terme, elle ne semble pas devoir les mettre en danger, notamment parce que les corvidés se concentrent avant tout sur les proies les plus fréquentes...

Les principales causes de régression éventuelle et à long terme d'oiseaux comme les mésanges sont liées aux pertes d'habitats (cavités de nidification: arbres, creux...) et à des changements globaux comme le climat (désynchronisation de la nidification avec le pic d'abondance printanière des chenilles).

Les corvidés et la loi en Région de Bruxelles-Capitale

Toutes les espèces d'oiseaux sauvages sont protégées sur le territoire de la Région; toute forme de chasse y est interdite.

Un peu de vocabulaire


Pour en savoir plus...

*peuvent être consultés à la bibliothèque du Centre Paul Duvigneaud

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