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Paul Duvigneaud


Marche-en-Famenne, 13 août 1913 - Bruxelles, 21 décembre 1991

Savant original et passionné, doté d’une très vaste culture, Paul Duvigneaud ne fut pas seulement un extraordinaire professeur de botanique, il fut aussi un humaniste soucieux du devenir de l’homme, un visionnaire qui n’hésitait pas à enfourcher l’utopie pour la maîtriser d’autant mieux.


biographie détaillée (texte publié en 1992 par Pierre Piérart et Jacques Duvigneaud dans Les Naturalistes belges 73 (4)), à télécharger (PDF, 28 K)
liste des publications de P. Duvigneaud, à télécharger (PDF, 77K)


hommage à un autre botaniste, Jacques Duvigneaud (1920-2006)


Sa carrière scientifique

Chimiste et biologiste de formation, Paul Duvigneaud partagea son existence entre la recherche scientifique et les charges d’enseignement qui lui furent conférées à l’Université Libre de Bruxelles, à la Faculté des Sciences agronomiques de Gembloux et, plus tard, à l’Université de Paris VII où lui fut décerné le titre de docteur honoris causa de la Sorbonne.

Attiré dès l’enfance par l’observation de la nature et des paysages, tout était pour lui objet d’investigation. Son infatigable curiosité et son opiniâtreté dans la recherche le conduisaient à des études originales et souvent inattendues.

En se consacrant tout d’abord à la lichénologie, dont il était devenu un spécialiste, il se passionna pour la phytosociologie dont il bouleversa les données traditionnelles en créant la notion des groupes écologiques.

Après la seconde guerre mondiale, ses nombreuses missions au Congo belge, dont il ramena un matériel scientifique considérable, furent le point de départ de recherches importantes sur la systématique des plantes tropicales. Par ailleurs, les gisements métallifères du Katanga lui permirent d’approfondir ses recherches sur les relations sol-plante.

Mais, de plus en plus, il allait se consacrer à l’écologie fondamentale et à l’étude des écosystèmes. C’est à partir, notamment, des stations expérimentales de Mirwart et de Virelles que se développèrent ses nombreuses recherches sur « l’écosystème-forêt ». Il fut ainsi à l’origine du Programme Biologique International et assura la présidence du SCOPE (Special Committee on Problems of the Environment).

À dire vrai, ses quelques 260 publications touchent à tous les domaines de la botanique et des sciences de la nature : systématique, lichénologie, phytosociologie, ressources naturelles, protection de la nature, pharmacologie, pédologie, foresterie, agroécosystèmes, productivité, etc..

Il ne faut pas oublier les nombreux rapports qu’il rédigea au sein de l’UNESCO pour l’enseignement de la biologie à tous les niveaux, ni surtout ses études sur l’écosystème urbain dont il fut le premier, vraisemblablement, à expliquer le fonctionnement.

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L'écologie comme mode de pensée

Pour certains, l’écologie représente seulement l’étude des écosystèmes, le constat des rapports entre l’homme et son environnement. Un constat sans doute très important au même titre que celui des interactions entre le doryphore et la pomme de terre.

Pour Paul Duvigneaud, l’écologie se devait d’être, plus largement, « la base scientifique d’une société nouvelle ». Chantier nettement plus vaste et passionnant à une époque où « la fin des idéologies nous laisse en peine d’un projet de société » (extrait du programme de la conférence du Forum Civique européen, 1993).

Il est vrai que, pour lui, l’écologie était aussi une manière de penser, mais qui ne pouvait se développer qu’à partir de la connaissance scientifique. Sa rigueur dans la recherche, son intransigeance à l’égard des théories à l’emporte-pièce ou des slogans à la mode ont fait que, durant toute sa vie, il s’est acharné à penser librement, ce qui est, comme chacun sait, la façon la plus dérangeante de penser !

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Le développement d'une "écologie urbaine"

Après avoir consacré le plus clair de ses recherches, durant plusieurs années, à élucider le fonctionnement de l'écosystème forêt - écosystème terrestre naturel par excellence -, P. Duvigneaud poursuit sa démarche scientifique dès le début des années 1970 par l'étude de systèmes profondément influencés par l'homme: agro-écosystèmes, forêts de production, écosystèmes urbains.

Il commence par y appliquer une méthode analytique analogue: étude des cycles biogéochimiques, quantification des flux d'eau, de matière et d'énergie, mise en évidence de l'organisation spatiale par des transects de végétation... Bruxelles est étudiée en premier lieu.

Il apparaît vite que, si la ville fonctionne bien comme un écosystème - que Duvigneaud appelle URBS -, celui-ci se démarque des autres systèmes étudiés, par l'influence prédominante des actions humaines sur tous les compartiments et processus. Par exemple, la biocénose est tellement modifiée qu'il la nomme "anthropocénose"; l'apport énergétique dominant n'est plus la lumière du soleil mais les énergies importées par l'homme (carburants d'origine fossile, électricité); de même, le cycle de l'eau est dominé par apports externes et ruissellement intense, avec très peu de stockage dans le système; la productivité des sols est "dopée" par des intrants azotés et phosphatés anthropogènes; etc.

Duvigneaud aborde donc ici le fonctionnement de la ville de manière globale, contribution majeure à l'évolution des idées en écologie urbaine, puisqu'elle mènera plus tard à rechercher aussi des solutions globales dans la gestion de l'environnement dans la cité (gestion de l'eau et des déchets, mobilité et énergie, conservation de la biodiversité...). Une démarche qui annonçait l'un des principes fodamentaux du "développement durable": penser globalement, agir localement.

D'autre part, Duvigneaud publie en 1977 avec plusieurs de ses collaborateurs (on peut parler d'une "école de Bruxelles" basée à l'ULB) une "carte écologique" de ce qui constitue alors l'Agglomération bruxelloise. Cette cartographie les mène à distinguer une vingtaine de sous-systèmes inégalement répartis à travers la ville, basés à la fois sur des caractéristiques de "naturalité" (degrés de verdurisation et caractère plus ou moins aménagé des espaces verts) et des données sociologiques ou de géographie humaine.

Cette carte est accompagnée d'une notice détaillée

partie 1: préface+introduction: l'écosystème urbain (PDF, 140 K)

partie 2: types de verdurisations et sous-systèmes (PDF, 57 K)

partie 3: les grandes zones écologiques de l'agglomération de Bruxelles (avec prescriptions d'aménagement) (PDF, 237 K)

Cette démarche d'intégration des sciences exactes et des sciences humaines sera le fil conducteur fondamental de la suite du travail de recherche et d'enseignement de P. Duvigneaud. Ainsi, les études menées sur Charleroi et sa région, publiées à partir de 1980, font le lien entre les composantes physiques ou biologiques de l'écosystème urbain, et ses composantes socio-culturelles. Notamment, les modifications apportées aux cycles biogéochimiques par les pollutions sont mises en relation avec la santé humaine, facteur qui retient particulièrement l'attention de Duvigneaud.

Pour illustrer les concepts développés par P. Duvigneaud en écologie humaine, vous trouverez ci-dessous un des derniers textes qu'il a publiés :
"L'écologie et l'homme: biosphère, noosphère et sophiosphère" in ESCANDE J.-P., DUVIGNEAUD J. & BOUCGARDEAU H. (eds), 1988.- Santé de l'homme et environnement; Symposium international, Luxembourg. Sang de la Terre, Paris. 301 p.

partie 1 (PDF, 113 K):
Notions générales (écosystèmes naturels; dynamique; hiérarchisation: écopaysages, écorégions, biosphère; intervention de l'homme dans la biosphère: noosphère);



partie 2 (PDF, 139 K):
Les villes: l'écosystème "urbs"; ses particularités; l'anthropocénose et ses problèmes écologiques; la post-modernité: pour une nouvelle société écologique, une promotion de la noosphère: la sophiosphère.

Ses réflexions sur les potentialités d'un développement économique et social respectueux du bien-être des populations le mènent à une véritable "morale écologique", à l'écologie humaine. La conservation de la nature (qu'on appelerait aujourd'hui "de la biodiversité") y tient une place importante. Dans ses derniers combats, Paul Duvigneaud se fera le chantre du respect d'espaces semi-naturels comme les friches, ou d'une gestion plus écologique des espaces verts aménagés (parcs et bords de voiries...). Il y voit des espaces dans lesquels l'homme peut trouver à la fois un épanouissement (curiosité et émerveillement, activités artistiques, mais aussi détente...) - et à ce titre tout Bruxellois doit pouvoir y avoir un accès suffisant -, et des outils de diagnostic et de gestion de l'environnement (étude de bio-indicateurs des polluants atmosphériques; phytoremédiation...).

De la synthèse du travail de toute une vie, et de discussions avec les têtes pensantes de nombreuses disciplines (géographes et urbanistes, économistes...), naît ainsi un projet de ville pour Bruxelles, qu'il s'efforcera de défendre auprès de certaines autorités politiques avec lesquelles s'était établi un dialogue constructif. Ce projet, aujourd'hui encore, influence les politiques d'environnement menées en Région de Bruxelles-Capitale.


L'ASBL Inter-Environnement Bruxelles a rendu hommage à P. Duvigneaud, tout d'abord en mettant sur pied dès 1993 un Prix Paul Duvigneaud de l'Education permanente à l'Environnement urbain (que notre association a ensuite repris), puis en publiant, en 2004, un supplément à son bimensuel Bruxelles en mouvements, intitulé "Paul Duvigneaud, de l'écologie à l'éducation à l'environnement".

L'influence de Paul Duvigneaud dans la genèse et l'actualité des concepts d'écologie urbaine et de développement durable des villes y est illustrée au travers, notamment, de 3 entretiens avec des personnalités qui comptèrent parmi ses proches collaborateurs: Bernard Jouret, Serge Kempeneers et Martin Tanghe.

télécharger ici la première partie de ce fascicule (PDF, 545 K):

1. article de Almos Mihaly (IEB): L'influence de Paul Duvigneaud à Bruxelles; le précurseur de la notion d'écosystème; 2. Les continuateurs de l'oeuvre: propos recueillis par A. Mihaly

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Un autre grand botaniste nous a quittés :
Jacques Duvigneaud
(10 octobre 1920 - 25 août 2006)

Pareil à Paul Duvigneaud (son parent proche et son aîné de 7 ans), et habité comme lui de la même passion pour les plantes (sans qu'ils se soient jamais concertés), Jacques Duvigneaud se lança très tôt dans l'étude de la botanique - et ce fut, tout au long de son existence, une magnifique raison de vivre !

Sa connaissance approfondie du monde végétal, son enthousiasme et sa persévérance, il sut les mettre, avec beaucoup de gentillesse et de modestie, au service des autres. Systématique, phytosociologie, phytogéographie, écologie, protection de la nature... furent les principaux domaines auxquels il consacra d'innombrables articles.

C'est, à coup sûr, Madame Jacqueline Saintenoy-Simon, grande spécialiste de la flore belge et intime collaboratrice de Jacques Duvigneaud depuis près de 25 ans, qui est la mieux à même de faire le bilan de son oeuvre scientifique. L'oraison funèbre qu'elle a prononcée - et dont nous reproduisons ici l'essentiel - témoigne bien de la personnalité si riche et si attachante qui fut celle d'un vrai naturaliste, espèce qui, si l'on n'y prenait garde, pourrait bien être en voie de disparition !
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Jacques Duvigneaud, né le 10 octobre 1920, s'est éteint à l'aube du vendredi 25 août 2006. (...)

Son activité a été extraordinaire. Il est impossible de citer toutes les associations auxquelles il collaborait activement. retenons seulement plusieurs sociétés belges 'S.R.B.B., Conseil supérieur wallon de la Conservation de la Nature, Commissions royale des Monuments, Sites et Fouilles, Ardenne & Gaume, CNB, Naturalistes belges, CEAH, Natura mosana, AEF, Orchidées d'Europe...) et françaises comme l'Institut européen d'Ecologie à Metz, le Centre de phytosociologie de Bailleul, ...

Jusqu'en 1979, il a été professeur à l'Athénée royal de Gosselies. En plus de ses tâches d'enseignement, il a réussi pendant cette période à mettre à profit le moindre congé, les moindres vacances pour aller poursuivre les études qu'il avait entreprises en Belgique ou à l'étranger.

Il commença à publier des articles en 1948, il y a presque 60 ans, tout d'abord sur l'Entre-Sambre-et-Meuse où il habitait, puis il élargit progressivement son champ d'action vers le France: les Ardennes, la Lorraine, la Champagne... pour continuer vers les vallées de la Saône, de la Moselle, de la Meuse, mais aussi jusqu'au Portugal, l'Espagne, les îles Baléares, les Canaries, Madère...et j'en passe. Ses travaux sur l'écologie des étangs, sur les sites calaminaires et surtout sur les pelouses calcaires font toujours autorité. Plus de 840 publications témoignent de cette inlassable activité qui a été récompensée par plusieurs prix. Le grand public le connaît surtout pour sa participation à la rédaction de la Flore bleue.

C'était, vous vous en doutez, un bourreau de travail. Sa journée se passait à l'Athénée. Rentré chez lui, il corrogeait les copies des élèves, préparait les leçons du lendemain, puis se mettait à son travail de botaniste qui se terminait vers 11h du soir avec des déterminations de plantes et mousses... En plus de cela, car il était très dévoué, il arrivait à donner des conférences, à guider de nombreuses excursions en Belgique ou à l'étranger, manifestations pendant lesquelles son esprit didactique faisait merveille. Une fois retraité, ses activités ont redoublé. C'est peu après ce moment et pendant près de 25 ans que j'ai eu l'honneur et la joie de collaborer étroitement avec lui.

Jacques Duvigneaud était un être très attachant. Il était complexe, secret, d'une intelligence vive et d'une sensibilité aiguë. Il y avait chez lui une rigueur intellectuelle, une droiture qui lui venaient peut-être de lointains ancêtres huguenots... Doté d'un caractère affectueux, il avait de nombreux amis. (...)C'était un esprit très cultivé, il était amateur de ballet, de musique, d'opéra en particulier, de théâtre. (...)

Botaniste de renommée internationale, dont l'oeuvre aurait facilement rempli la vie de plusieurs personnes, il laissera surtout l'image d'un homme modeste, humain... toujours disponible lorsqu'il s'agissait de défendre la Nature.

Il nous laissait ce message en 2001: "J'accorde à la protection de la Nature une grande importance. Si je peux vous demander une faveur, ce serait de poursuivre et d'intensifier nos efforts, et cela en Belgique et dans les départements français voisins. Beaucoup plus que ce que nous avons fait dans le passé, nous devrions oeuvrer davantage à la protection des sites de grans intérêt scientifique. Ce serait pour moi la joie la plus profonde de voir que les sites belges de grande valeur écologique ont fini par être protégés".

(...)

Jacqueline Saintenoy-Simon

Bibliographie de Jacques Duvigneaud
  • La liste de ses publications 1948-1994 a été publiée dans Natura mosana 47 (2).
  • La liste de publications, du 15 juin 1994 au 31 décembre 2001 a été publiée dans les Actes du Colloque d'hommage à Jacques Duvigneaud, Bruxelles, 20/10/ 2001.
  • Mme Saintenoy a répertorié les derniers articles 2001-06
Cette liste bibliographique complète peut être consultée à la bibliothèque du Centre Paul Duvigneaud.

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