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Les fougères

de la Région de Bruxelles-Capitale

Varen van het Brussels Hoofdstedelijk Gewest

"Fougère" n'est pas à proprement parler un terme de la classification botanique. Il correspond ici à la Classe des Filicopsides, au sein de l'Embranchement des Ptéridophytes (qui compte aussi à Bruxelles des prêles et des lycopodes).

On y trouve un ensemble d'Ordres et de Familles présentant une belle diversité dans la taille et la forme des feuilles, mais aussi éventuellement des organes de reproduction.

Ne vous étonnez donc pas de voir apparaître ici des espèces qui correspondent peu au type "classique" des fougères (grandes feuilles très découpées...); en outre, il existe aussi des fougères... aquatiques !

Exemple frappant, qui était observable à Bruxelles jusqu'il y a peu: l'Ophioglosse
qui par son aspect rappelle plus un Arum tropical que la Fougère aigle de nos sous-bois...


Ainsi défini, le groupe des fougères compte en Région de Bruxelles-Capitale une douzaine d'espèces indigènes ; on ne considère donc pas dans ce chiffre les exotiques, qui peuvent orner de nombreux jardins et éventuellement s'en échapper.
"Pas mal du tout", pourrait-on dire quand on sait que l'on ne compte pour la Belgique entière que 35 espèces environ, et que parmi celles-ci plusieurs ont une distribution géographique très limitée (inféodées aux sols acides de Haute Ardenne, ou aux rochers siliceux...) et/ou ne sont connues que de quelques stations seulement.

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La diversité en fougères dans l'environnement (sub-)urbain bruxellois est certainement liée à la diversité des substrats:

  • naturels: les espaces semi-naturels de Bruxelles présentent une mosaïque de sols acides ou au contraire riches en bases, de milieux secs et zones humides - boisées ou non... ;
  • artificiels: la ville est riche en bâtiments, ruines, vieux murs, soupiraux ou même seuils de portes qui, jusqu'au coeur des quartiers densément bâtis, peuvent voir s'installer spontanément plusieurs espèces de fougères. Comme dans leurs milieux d'origine (escarpements rocheux, éboulis...), elles se montrent sensibles aux caractéristiques physico-chimique du support (généralement basique sur les constructions), à son exposition au soleil (toutes les fougères ne recherchent pas l'ombrage!) et au degré d'humidité. Dans la ville et sa périphérie plus ou moins industrialisée, une large gamme de conditions peuvent être rencontrées.

ce seuil non entretenu au coeur de Bruxelles

(rue de Namur) abrite 2 espèces de fougères
Particulièrement remarquable dans la proximité d'une capitale, on constate sur le territoire bruxellois la présence de plusieurs espèces assez rares à rares à l'échelle de tout le pays (Fougère des montagnes, Cétérach...); souvent confinées à un très petit nombre de stations, elles sont autant d'espèces menacées d'extinction à l'échelle de la Région.

Liste systématique des fougères indigènes à Bruxelles

Ophioglosse vulgaire
Ophioglossum vulgatum
Gewone addertong
Fougère-aigle
Pteridium aquilinum
Adelaarsvaren
Fougère des montagnes Oreopteris limbosperma Stippelvaren
Cétérach Ceterach officinarum Schubvaren
Doradille rue-de-muraille
Asplenium ruta-muraria
Muurvaren
Scolopendre ou lange de cerf
Asplenium scolopendrium Tongvaren
Fausse capillaire
Asplenium trichomanes Steenbreekvaren
Fougère femelle
Athyrium filix-femina
Wijfjesvaren
Dryoptéris des chartreux
Dryopteris carthusiana
Smalle stekelvaren
Dryoptéris dilaté
Dryopteris dilatata
Brede stekelvaren
Fougère mâle
Dryopteris filix-mas
Mannetjesvaren
Blechnum en épi
Blechnum spicant
Dubbelloof
Polypode vulgaire
Polypodium vulgare
Gewone eikvaren
Azolla commune
Azolla filiculoides
Grote kroosvaren

Deus espèces supplémentaires ont été signalées jadis à Bruxelles: le Cystoptéris Cystopteris fragilis et le Polystic à aiguillons Polystichum aculeatum, mais seraient éteintes dans la Région depuis plusieurs décennies.

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l'Ophioglosse Ophioglossum vulgatum
Gewone addertong

Impossible à confondre avec une autre fougère indigène, on ne la rencontrera peut-être plus du tout à Bruxelles puisque la station connue au parc de Woluwé s'est apparemment éteinte vers la fin des années 1980.
Il s'agit d'une espèce liée aux prairies humides, zones de suintements... éventuellement en lisière forestière, sur sols riches. Régressant fortement dans tout le pays, on la trouve encore ponctuellement dans la dépression de Fagne-Famenne, par exemple, où la photographie a été prise (par A. Paquet: merci!).


la Fougère-aigle Pteridium aquilinum
Adelaarsvaren

Formant en sous-bois clairs des peuplements denses, parfois hauts de 2 mètres, cette espèce pose quelques soucis aux sylviculteurs (forêt de Soignes) car elle gène la régénération spontanée des arbres et la croissance des jeunes plantations. Elle peut aussi envahir aussi les milieux ouverts créés en forêt, et empêcher sur sol pauvre la diversification d'un tapis herbacé de haute valeur biologique.

la Fougère des montagnes Oreopteris limbosperma
Stippelvaren

Fougère d'aspect "classique" et de taille moyenne, c'est une espèce forestière peu abondante en Belgique, et particulièrement au nord du sillon Sambre-et-Meuse où elle peut être qualifiée de rare. Présente en forêt de Soignes.

le Cétérach Ceterach officinarum
Schubvaren

Petite espèce (max. 25 cm) typique: ses feuilles sont profondément divisés en lobes courts et larges qui alternent de part et d'autre de l'axe (rachis).
Espèce rare en Belgique, subméditerranéenne. Rochers, éboulis (sols calcaires surtout), vieux murs... En Région bruxelloise, une station sur les bâtiments de l'ancienne École vétérinaire.

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les Asplenium

Les trois espèces de ce genre connues à Bruxelles ne se ressemblent pas.

Les feuilles de la Scolopendre ne sont pas découpées: d'un vert plus ou moins foncé et luisantes, longues de 15 cm ou parfois beaucoup plus, elles ont une forme de... langue (d'où ses noms de Langue de cerf, Tongvaren...).

Originaire des rochers ombragés, éboulis des "forêts de ravins", etc., elle colonise à Bruxelles divers supports dans des endroits sombres: soupiraux, entrées de puits et chambres de visite... jusque dans des quartiers très urbanisés du pentagone. Elle n'est donc pas rare dans la Région!... alors qu'elle peut l'être dans des régions rurales voisines.

ce soupirail au coeur d'Ixelles a été colonisé par la Scolopendre

Les deux autres Asplenium ont des feuilles profondément divisées, en petits éléments qui se font face de part et d'autre d'un rachis très sombre chez la Fausse capillaire (Steenbreekvaren), ou de façon plus profonde, en petits segments de forme plus ou moins losangique chez la Doradille rue-de-muraille (Muurvaren).

Toutes deux sont des espèces communes sur les rochers, vieux murs, décombres... pas nécessairement ombragés.


Fausse capillaire

Doradille rue-de-muraille
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le Polypode vulgaire Polypodium vulgare
Gewone eikvaren


Les polypodes (P. interjectum, très semblable, existe aussi en Belgique) sont des fougères faciles à identifier en Région bruxelloise, où seul le Blechnum en épi (Dubbelloof) leur ressemble: les feuilles, longues de 10 à 40 cm, sont insérées isolément sur le rhizome et profondément divisées en éléments larges au bord régulier.

Ce sont des fougères des vieux murs, éventuellement des talus boisés en pente, qui se comportent parfois en épiphytes. Le Polypode vulgaire peut être observé sur les constructions humaines à Bruxelles, et n'est pas rare.

l'Azolla Azolla filiculoides
Grote kroosvaren

Il s'agit d'une fougère aquatique, dont les petites feuilles (1 à 10 cm) vert rougeâtre flottent à la surface des eaux stagnantes riches en nutriments.
Plante introduite pour l'ornement (mares de jardin...), originaire d'Amérique tropicale. Elle semble encore peu abondante actuellement à Bruxelles, mais s'est naturalisée dans de nombreux pays européens


Un peu de vocabulaire

épiphyte: végétal se développant sur une autre plante vivante, sans la parasiter
indigène: présent naturellement dans une région donnée, à l'époque historique
parasite: organisme vivant au détriment d'un autre (hôte) et en relation étroite avec lui
rachis: axe principal, de la feuille par exemple
rhizome: tige souterraine, plus ou moins horizontale et longue, produisant par endroits des tiges aériennes et des racines adventives

Pour en savoir plus...

*consultables à la bibliothèque du Centre Paul Duvigneaud

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